L’accord de libre-échange avec la Malaisie, avalisé par le Parlement fédéral lors de la session de juin, illustre l’obstination de la politique commerciale du Conseil fédéral. Pour notre gouvernement, l’agriculture et le climat servent à nouveau de monnaie d’échange au profit de notre politique commerciale. Avec les partis de gauche, des organisations paysannes et environnementales, nous avons lancé un référendum le 30 juin. Signons-le sans attendre, je vous explique pourquoi…
On parle beaucoup ces temps-ci de l’accord avec le Mercosur, un traité contre lequel nous venons d’opposer une belle résistance au Conseil national, qui l’a d’ailleurs rejeté et renvoyé, et qui est désormais à l’étude au Conseil des États. Malgré ce refus temporaire, il ne faut pas perdre de vue l’ensemble. La multiplication de ces traités tisse une toile qui affaiblit notre souveraineté alimentaire, jetant les paysannes et les paysans dans une concurrence difficilement soutenable. La libéralisation des marchés se poursuit toujours à marche forcée et c’est ce qu’illustre la ratification du traité avec la Malaisie.
Après l’accord avec l’Indonésie : rebelote !
En signant avec la Malaisie, deuxième producteur mondial d’huile de palme, la Suisse s’apprête à répéter le scénario de l’accord indonésien. Le procédé reste le même : on nous présente un texte assorti de critères de durabilité, mais dans les faits, cet accord ne dispose pas de réels mécanismes de contrôle.
L’expansion des monocultures d’huile de palme se fait au prix de la déforestation. Elle accapare les terres et menace les droits des populations locales. Importer des denrées depuis l’autre bout du monde avec un tel impact sur les écosystèmes est l’antithèse d’une politique responsable.
Malaisie, 1:04
L’agriculture, monnaie d’échange
Sur le terrain, la réalité pour nos paysannes et nos paysans est celle d’une agriculture qui, sans cesse, sert de monnaie d’échange afin de doper la politique commerciale de la Suisse. Comment exiger de notre agriculture qu’elle produise selon nos normes environnementales et sociales, tout en ouvrant nos portes à des produits qui ne respectent pas ces règles ? Ce traité institutionnalise le dumping. Nous ne pouvons plus tolérer cette situation. Il impose une concurrence insoutenable à nos propres huiles de colza et de tournesol, fragilisant nos filières indigènes.
Le Conseil fédéral contourne les objectifs climatiques et affaiblit notre souveraineté alimentaire. Il contrevient également à notre Constitution, et plus particulièrement à son article 104a. Cet article exige que la Confédération s’engage pour des « relations commerciales transfrontalières qui contribuent au développement durable de l’agriculture et du secteur agroalimentaire ».
Privatiser les profits pour les multinationales tout en reportant les coûts sociaux et environnementaux sur la collectivité, c’est la nature de cet accord.
Au fond, un choix de société
Aujourd’hui, près d’un produit sur deux en supermarché contient de l’huile de palme. Et il ne s’agit pas simplement de denrées alimentaires, mais également d’une multitude de produits non alimentaires. Cette réalité pose un problème réel de transparence, car l’industrie (non alimentaire) n’est pas tenue de dévoiler clairement la liste des composants qu’elle utilise.
De manière plus générale, dans une démocratie, savoir ce que l’on mange, avoir accès à une alimentation de qualité et utiliser des produits qui respectent la faune, la flore et les populations avec lesquelles nous commerçons est essentiel.
C’est pour cela que nous devons envoyer un signal en rejetant l’accord avec la Malaisie. Nous ne pouvons pas continuer sur cette pente qui nous mène inévitablement vers des situations écologiquement catastrophiques, socialement injustes et éthiquement condamnables. Le lancement de ce référendum, annoncé le 30 juin dernier, est l’outil démocratique que la société civile et le monde paysan doivent saisir pour stopper cette dynamique.
Je vous appelle donc à signer et faire signer ce référendum. Ne laissons pas le libre-échange dicter notre avenir.